Charme d’un soir de mai…

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

Charme d’un soir de Mai, que voulez-vous me dire ? Comme un corps plein d’amour vous venez contre moi ; Pourtant à peine suis-je une âme, je respire Humblement, comme l’herbe et les oiseaux des bois. Pourquoi m’invitez-vous ? Je me tais, je sommeille, Je goûte un frais repos, malgré l’immense odeur Du printemps installé, qui répand à l’oreille, À l’œil, à l’odorat ses multiples ardeurs. Forces de la nature, acceptez que je chôme ! Laissez que mon esprit jouisse d’être seul Avec ses feux voilés, pareils à des fantômes, Mais retenez un peu, ô nuit, ô lourd tilleul, Le mol ouragan des aromes !