Renaissance

Anna de Noailles

L’Ombre des jours — 1902

Ah ! si tu peux, pauvre âme, oublie et sois encor Naïve et confiante ainsi qu’au temps passé, Sois ainsi jusqu’au jour de mourir, c’est assez ; Car après, le tombeau ne veut aucun effort… — Pourquoi rester avec cette amère mémoire Des instants douloureux et tristes que nous eûmes, Le jour est tiède ainsi qu’un oiseau dans ses plumes Et l’été chancelant au bord de l’eau vient boire. Je sais que tu tenais à garder prudemment Cette émouvante peine au plus secret de toi. Mais, mon âme, la vigne a rebordé les toits Et l’abeille a repris son bel amusement. Ne te refuse plus à la bonne semence Qui tombe du ciel clair et des branches nouvelles, Vois la vie et la joie, et retourne auprès d’elles Puisqu’il faut bien qu’un peu de bonheur recommence…