J’ai composé dans la souffrance

Anna de Noailles

L’Honneur de souffrir — 1927

J’ai composé dans la souffrance, Dans la funèbre passion, Des poèmes sans espérance. Ils sont ma consolation. L’amère vérité console. L’excès de la douleur permet Que l’esprit, loin de toute idole, S’attache à ce néant : jamais ! Jamais, quotidiens visages, Ce rire profond du regard Qui scintille après le voyage De la nuit, ponctuel départ ! Jamais plus le charme tacite D’imaginer pareillement. Nul but et nulle réussite, Jamais nul émerveillement ! Jamais, ô murailles funèbres ! Ce tiède et respirant confort Que la démence espère encor Du vain au-delà des ténèbres !