Quand le soleil…

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

Quand le soleil descend dans un azur limpide Et rapproche de nous son lumineux réseau, On entend se lever sur le soir clair et vide Le brouillard du chant des oiseaux. Toutes ces voix ruées sur l’heure du silence Démêlent, semble-t-il, un écheveau soyeux. Un cri tire, un cri perce, un autre cri s’élance Et raye le satin des cieux. Et l’azur peu à peu se gonfle de lumière Comme une fleur explose avant que de finir. Crépuscule ! seconde aurore, plus austère, Plus pesante de souvenirs. Que j’aime ta douceur méditative et sage, Qui porte la fatigue et la somme du jour, Vaisseau aérien dont le lent abordage, Indulgent à la vie, indulgent à l’amour. Verse sa cargaison de fruits meurtris et lourds…