Ai-je imprudemment souhaité

Anna de Noailles

Poème de l’amour — 1924

Ai-je imprudemment souhaité Guérir de toi ? Quelle ignorance M’irritait contre ma souffrance ! — Ah ! Que rien ne me soit ôté De la détresse qui me cache Le passé, le lendemain ! Sois La seule chose que je sache Et qui blesse ! Rien ne déçoit Dans la sombre et féconde ivresse D’un désir encore ascendant. — Lèvres rêveuses sur les dents, Regard qui se meut ou se pose, Gardez votre pouvoir ardent, Vous qui, dans une chambre close, Par le souvenir obsédant, M’inondez d’une odeur de roses !