Bien souvent, au moment

Anna de Noailles

Derniers vers (Anna de Noailles) — 1933

Bien souvent, au moment des suprêmes fatigues, Quand le corps sent ses maux faiblir et comme épars, Et, qu’assuré soudain de l’infini départ Qui fut, avec l’amour, sa hantise prodigue, L’esprit prêt à s’enfuir jette un pâle regard Sur ces membres lassés qu’on sent encore solides, Et le corps, désormais esclave du hasard, Contemple cet envol qui l’abandonne au vide ; Et sachant qu’il fut tout, que lui seul animait La passion charnelle ou bien spirituelle, Il ressent en mourant que le faible coup d’aile Qu’il prenait pour l’esprit altier, ne fut jamais Que l’hôte présumé de l’ample citadelle Qu’est le corps secouru par les veines fidèles.