Si l’esprit survivait à la chair, je saurais

Anna de Noailles

L’Honneur de souffrir — 1927

Si l’esprit survivait à la chair, je saurais Quel infini d’amour avec moi disparaît. Si mon âme flottante environnait ma tombe Je saurais quel gosier de pensante colombe Est muet sous la terre et les cieux qu’il chanta. Je saurais révérer en son sinistre état Ce corps où la raison fut égale au délire. J’écouterais le sol où se tait cette lyre, Et je verrais venir tous les parfums du soir Sur le cœur le plus doux qu’on ait pu concevoir…