Ah ! j’avais bien raison de craindre

Anna de Noailles

Poème de l’amour — 1924

Ah ! j’avais bien raison de craindre Le mol printemps et sa douceur ! — Le beau soir tiède a ta tiédeur. Tout est humain, tout semble peindre, Par l’azur, le rêve, l’odeur, Ta personne. Ta personne. Dans le silence Envahissant, mouvementé, De ce soir proche de l’été, C’est ta grâce qui se balance. Et le vent chaud sur le chemin — Ô désir ! mémoire ! espérance ! – A la vive et secrète aisance Des belles veines de tes mains…