Un matin à Neuilly

Anna de Noailles

Les Éblouissements — 1907

C’est toujours vous, Printemps, qui me faites du mal… – Eau légère où le beau soleil baigne son âme, La Seine, toute molle et glissante, se pâme Sous les ponts emmêlés d’azur et de métal. Tout est sonore, et tout est calme et se repose ; L’air jouit du matin et d’un si doux état. Dans le bourg de Neuilly que Pascal visita Un vert figuier s’avance entre deux maisons roses. On ne sait pas d’où vient cette triste langueur. L’azur est de plaisir et de jeunesse humide, Le silence est luisant et la rue est torride, Et moi j’ai tout un deuil blanc et bleu dans mon cœur…