Mirage de Noël

Anna de Noailles

Derniers vers (Anna de Noailles) — 1933

Plus que l’été d’azur et d’ambre, J’ai, dans l’enfance, aimé le gel Du soir ténébreux de Noël Et le vert sapin dans la chambre. J’imaginais l’âne et le bœuf Attiédissant l’ombre glacée, Les mages, l’étoile empressée, L’enfant, arrondi comme l’œuf Du Saint-Esprit, ramier céleste, Et dont le mystique baiser S’était divinement posé Sur la Vierge sainte et modeste. Que de froidure ! que de vent ! Et le tremblement de la porte !… Puis, soudain, un roi blanc apporte Son cadeau d’or. Le roi suivant Est blanc encore, — mais le troisième Est un roi noir. J’avais si peur Qu’il eût honte de sa couleur ! Mais je voyais l’enfant suprême Accueillir le bon nègre aussi De son sourire qui protège ! — À présent, je songe au souci Que m’eût causé, parmi la neige Qui brillait en mon cœur, le net Azur baignant les molles palmes, (Et nul sapin !) pendant le calme Et chaud Noël de Nazareth !