Ma jeunesse n’est pas dans mes chants intrépides

Anna de Noailles

L’Honneur de souffrir — 1927

Ma jeunesse n’est pas dans mes chants intrépides Qui s’en vont vers les étrangers, Elle est dans la seconde insensée et rapide Du jour où ton cœur s’est figé. Ce n’est pas dans les yeux d’un vivant que repose Mon fier visage intransigeant, Il garde son orgueil et sa rondeur de rose Sous ton front, qui n’est plus changeant. Mon rêve éblouissant, incrédule et docile, Qui ne croyait pas au trépas, Sait désormais que seule est certaine et facile Ta mort, — que tu ne connais pas !