J’ai dormi, j’ai pendant quelques instants rejoint

Anna de Noailles

L’Honneur de souffrir — 1927

J’ai dormi, j’ai pendant quelques instants rejoint La vide immensité où ne se trouvent point Ni ton sort, arrêté, ni le mien, continu. — J’ai reposé sous l’arc interminable et nu Où tout être s’ignore avant, après la vie. En quittant ce néant, je porte au cœur l’envie De retourner sans fin vers ce suave site Dont j’eus en m’éveillant le contact et le goût. — Les ténèbres ! l’oubli ! Plus rien, ni moi, ni vous ! Lieu d’avant la naissance, unique réussite !