Chant de Chloé

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

Un brûlant frelon vient se pendre Au mol clocheton d’une fleur. Ils s’unissent : on peut entendre Un bruit volant, vibrant, ronfleur. C’est un baiser cuisant et tendre, Et la fleur feint de se défendre Contre la flambante rumeur Qui distend sa grâce ténue… Puis le frelon, léger, repart. On croit voir voler dans la nue L’âme jaspée du léopard, Cependant que, dans son calice Remué, déchiré, rêveur, La docile et constante fleur Retient un meurtrier délice. L’insecte n’a pas tant d’ardeur Que cette fleur qu’il vient de fendre. — Ô mon amour, peux-tu comprendre Ce que c’est que la profondeur ?…