La promesse

Anna de Noailles

Les Éblouissements — 1907

Vous qui n’avez pas vu les plus tendres juillets Rayonner sur votre jeune âge, Regardez dans mon cœur : des parterres d’œiilets Fleurissent près d’un bleu rivage. Embarquez-vous ce soir sur mes yeux de cristal, Glissez au pays de mon âme, Où les flots du désir triste et sentimental Font une chanson qui se pâme. Vous connaîtrez alors un beau plaisir, sucré Comme les angéliques vertes, Comme la rose en feu qui parfume le pré De ses trente feuilles ouvertes, Alors vous connaîtrez des instants doux et clairs Comme des gouttes de miel rose, Frais comme un paradis de sources, d’herbe et d’air, Joyeux comme l’aurore éclose, Car je possède en moi tous les pays de prix, Et les azurs de la jeune Oise, Et te cœur délicat, neigeux, rose et fleuri Des adolescentes chinoises…