J’ai travesti, pour te complaire

Anna de Noailles

Poème de l’amour — 1924

J’ai travesti, pour te complaire, Ma véhémence et mon émoi En un cœur lent et sans colère. Mais ce qui m’importe le plus Depuis l’instant où tu m’as plu, C’est d’être un jour lasse de toi ! — Je perds mon appui et mon aide, Tant tu me hantes et m’obsèdes Et me deviens essentiel ! Je ne vois la vie et le ciel Qu’à travers le vitrail léger Qu’est ton nuage passager. — Je souffre, et mon esprit me blâme, Je hais ce harassant désir ! Car il est naturel à l’âme De vivre seule et d’en jouir…