Consolation

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

Réjouis-toi d’avoir tant souffert, car enfin Toute fureur ayant son déclin, la détresse Connaît aussi la lente et paisible paresse Qui trouve son repos, et n’a ni soif ni faim. Il n’est pas que la joie et l’espoir qui faiblissent, La fringante douleur pâlit aussi. Comment Ne pas goûter du moins, après tant de supplices, L’absence de l’atroce et neuf étonnement ? Car le pauvre être humain, instruit par la souffrance, À l’espoir comme au deuil oppose un calme esprit, L’infortune et la mort n’ont plus rien qui l’offense, Et c’est vaincre le sort que n’être pas surpris…