Les bords de la Seine

Anna de Noailles

Les Éblouissements — 1907

Calme matin de mai, détendu dans la joie ! Le jour est vert et bleu par l’arbre et par le ciel, Le pré délicieux fait lui-même son miel, Tout l’univers s’élance et c’est l’azur qui ploie… La Seine illustre coule, eau douce qui sourit Par tous ses lents frissons charmants comme des lèvres, Eau qui tend un miroir aux collines de Sèvres Et baigne mollement Saint-Cloud près de Paris. Ah ! que le jour est beau ! Je crois que je peux prendre Tout ce bonheur sur moi d’un geste immense et rond. Comme le jour est doux ! Et l’odeur du goudron Luit comme une aile noire au-dessus du flot tendre…