Le silence joyeux…

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

Le silence joyeux d’automne, Où le froid net rit de plaisir, Contient un pétillant désir À la fois vif et monotone. Le cri d’un canard se cantonne Au bas d’un buisson déchiré Par le vent clair. Les bois, les prés, Qu’un gel mince et brillant peinture. Semblent jouir et s’enivrer De cette étreinte de froidure. Le ciel pur est du bleu sacré Des printemps d’Hellade ! Ô Nature, Qu’il est beau ton désir mouvant ! Les silences, le froid, le vent, Tout ce qui séduit ou harcèle, Vient servir la vie éternelle De l’univers gonflé d’ardeur ! — Nature sans repos ni peur, Qu’il est beau le désir panique De la forêt chantant, tanguant, Forte comme un voilier fringant Qui fend les flots de l’Atlantique ! Rien ne meurt, tout va s’élancer Bientôt, à nouveau, de la terre Où les germes sont entassés Comme une dormante panthère. — Car, quel que soit l’épuisement De l’automne, et ses longues pauses, Le printemps, en qui tout repose, Se prépare éternellement !