J’ai, dès l’enfance, avec un œil audacieux

Anna de Noailles

Poème de l’amour — 1924

J’ai, dès l’enfance, avec un œil audacieux, Logé mon âme dans la nue ; Le sol brillant m’était moins proche que les cieux Où jubilait ma bienvenue. Je croyais au vivace et radieux retour De ma tendresse dépensée : Confiance, désir, bondissements, pensée, Vous heurtiez un distrait séjour ! Lentement, en souffrant, je prenais l’habitude Que désormais fût démêlé Cet univers secret d’avec mon amplitude ; J’aimais mon royaume isolé. — Amour, pourquoi crois-tu pouvoir me consoler Des obstacles que rien n’élude ? Toi dont l’ardeur, autant que l’espace étoilé, Contribue à ma solitude !