Le ciel gris, ce matin…

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

Le ciel gris, ce matin, dénoue Son frais collier de gai cristal : La pluie est un soleil qui joue Avec des rayons de métal. Le printemps, comme une arche, flotte Sur les eaux nombreuses, et l’air Dans ses bonds allègres cahote Un parfum incisif et vert. Les branchages, à chaque ondée, Entendent respirer plus fort Et se tendre le frais ressort Des pousses fermes et bondées. À travers ces préparatifs De feuilles, de graines, de baumes, Les oiseaux glissent, légers, vifs, Rapides comme des arômes. — Gais oiseaux annonciateurs, Dont le cri bourgeonne et verdoie, Vous savez, sous l’eau qui vous noie, Que le sol est gonflé d’ardeur ! Vous baignez, étonnés, timides, Et pleins de pépiements joyeux, Dans les rais de la harpe humide Qu’est le mol éther pluvieux ! Vous hissez vers vos courtes ailes, Vers vos cols dépliés d’amour, Les chétives plantes nouvelles Qui font l’ascension du jour. Menue, adroite et vigilante, La pluie est une âme au jardin ; Sa danse éparpillée argenté L’atmosphère couleur d’étain. Pleurs de joie, amoureux baptême, Tintillement preste et joyeux ! La nue, active et fraîche, sème Un blé transparent et frileux. Et puis ce beau jet soudain cesse : Tout est paisible, frais, câlin ; Partout des gouttes d’eau se pressent Comme un fin muguet cristallin. L’atmosphère est mouvementée : De courtes brises, dans l’éther, Clapotent, mollement heurtées Contre le cap des rameaux verts. Les vents légers s’enflent, s’abaissent ; Que de grâces, de politesses ! J’accueille, dans mon cœur ouvert, Ces salutations de l’air…