Salutation

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

Le vent matutinal, des coteaux à la rive Bondit comme un troupeau d’agneaux qu’on délia. Du balcon brasillant, suave perspective, Le lac semble porté par les magnolias Tant l’azur satiné se mélange à leurs branches ; Et ce long flot soyeux tout uniment s’épanche Dans les arbres charnus. Les oiseaux submergés Se baignent dans les airs et paraissent nager. Quelle amitié rêveuse et nostalgique lie Cette franche Savoie à l’ardente Italie ? — Je pense à sainte Claire, à Jeanne de Chantal, Et, dans ce gai septembre où l’air est de cristal, Où les parfums ainsi que les rumeurs s’aiguisent, J’entends sur le coteau, liquides et précises, Les cloches des troupeaux tinter limpidement. Et c’est, dans l’herbe verte où scintille l’église, Comme un humble angélus offert pieusement Par saint François de Sale à saint François d’Assise…