Le Conseil

Anna de Noailles

L’Ombre des jours — 1902

Va, sois peureuse du destin : Ce qui n’était pas ce matin Viendra ce soir comme une flèche, Dans le désir que rien n’empêche… Le lendemain n’est pas tracé : Tu n’es sûre que du passé. Il est à toi, tu peux le prendre ; Mais, dans l’ombre qui va descendre, Rien du hasard ne t’est connu ; Je sens comme ton cœur est nu, Tendre, brûlant et taciturne ; Ne crains-tu pas Vénus nocturne, Et les atteintes de l’Amour, Qui vient hardiment, à son jour, Menant l’étincelant vacarme, Ah ! tant de plaisirs et de larmes…