Séparation

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

La nuit a son odeur céleste et forestière, Un vent froid et tranchant l’anime et la parcourt ; Son vif méandre ainsi qu’une fine frontière Semble écarter ma main de tes doigts pleins d’amour. — Je ne peux pas répondre à ta douceur plaintive ; La nuit ce sont les cieux et les arbres qui vivent ; Nos deux rêves humains se sentent chacun seul, Je ne t’écoute pas, j’écoute le tilleul Exhaler dans l’éther ses langueurs expansives. L’immensité nocturne a fasciné mon cœur. Le silence est un dieu qui voudrait qu’on le suive. Il flotte dans la nuit des tisanes d’odeurs…