Détachement

Anna de Noailles

Derniers vers (Anna de Noailles) — 1933

Le silence du ciel immense, En ce soir vert et bleu d’été, Semble prodiguer sa clémence Aux frais branchages agités. Les vifs mouvements des feuillages Que l’allègre vent réjouit, Sont, dans l’éther épanoui, Accordés avec les nuages. — Candeur du monde végétal Sur qui se meut l’éther agile, Vous qui comblez mon souffle égal D’un plaisir restreint et tranquille, Mon être est oublieux et clos, J’accepte ce charme économe ; Je n’ai plus, dans ce bref repos, L’orgueil qui fait l’honneur de l’homme ! Je ne reconnais pas mon cœur, Ma violence, ma sagesse, Cette force d’insigne acteur Que tout concerne, que tout presse, Je respire nonchalamment, Lasse du sort qui me défie, Et méprisant la vaine vie Jusqu’en mon plus noble tourment !