Agrippa d’Aubigné
Avant Les Tragiques, Agrippa d'Aubigné (1552-1630) écrivit cent sonnets pour Diane Salviati, qu'une différence de religion l'empêcha d'épouser.
Homme de guerre, polémiste et poète baroque, compagnon d'armes d'Henri de Navarre, calviniste intransigeant, auteur des Tragiques.
Théodore Agrippa d'Aubigné naît le 8 février 1552 près de Pons, en Saintonge ; sa mère meurt en le mettant au monde, d'où son prénom, celui qui naît dans la peine. Baptisé catholique, il est élevé dans la religion réformée par un père engagé dans le soulèvement protestant. Il apprend le latin, le grec et l'hébreu, étudie à Paris puis à Genève sous la protection de Théodore de Bèze, et prend les armes dès 1567, pendant la deuxième guerre de religion. Absent de Paris au moment de la Saint-Barthélemy, il échappe au massacre.
En 1573, il devient l'écuyer d'Henri de Navarre, qu'il suit dans sa fuite de la cour en 1576. Leur amitié traverse des brouilles répétées : d'Aubigné reproche au futur Henri IV ses ménagements envers les catholiques, et tient sa conversion de 1593 pour une trahison. Écarté de la cour, il s'en retire après l'assassinat du roi en 1610. À partir de 1620, sa tête mise à prix, il s'exile à Genève.
Le Printemps est l'œuvre de sa jeunesse : un recueil de sonnets, de stances et d'odes dans la lignée de Pétrarque, qui passe de la rage du désespoir à une fantaisie plus légère. L'Hécatombe à Diane, qui en ouvre le premier livre, est dédiée à Diane Salviati, qu'il aimait et qu'il n'a pu épouser à cause de la différence de religion. Les Stances, du deuxième livre, reprennent en quatrains la plainte amoureuse. Le recueil reste en manuscrit : il ne paraît qu'en 1874.
Le reste de l'œuvre est polémique et historique. Les Tragiques, poème épique sur les persécutions des protestants, paraissent en 1616 ; il les retouche jusqu'à sa mort. Suivent l'Histoire universelle et Les Aventures du baron de Faeneste.
Il meurt à Genève le 9 mai 1630. Sa petite-fille, Françoise d'Aubigné, deviendra la marquise de Maintenon.
- A l’escler viollant de ta face divine
- A longs filetz de sang, ce lamentable cors
- A qui ne fut point ravie
- Accourez au secours à ma mort violente
- Aprés avoir loué vos beautez ravissantes
- Au tribunal d’amour, appres mon dernier jour
- Auprés de ce beau teinct le lys en noir se change
- Autant de fois que vostre esprit de grace
- Beau soleil qui exhale & chasse les vapeurs
- Bien que la guerre soit aspre, fiere & cruelle
- Ce doux hyver qui esgale ses jours
- Ce n’est pas un dessein formé à mon plaisir
- Ce qui a esgalé aux cheveulx de la terre
- Celle là qui abecha
- Celuy qui voit comment je me pais de regretz
- Cessez noires fureurs, Œrynes inhumaines
- Cest esthomac de marbre est-il pas suffisant
- Ceux qui font à leur dos un innocent outrage
- Ceux qui n’ont à compter que leurs feinctes douleurs
- Chacun souffre son mal : tu ne sens pas ma peine
- Citadines des mons de Phocide, aportez
- Combattu des vents & des flots
- Comment veux-je que l’ame, & foible & desolée
- D’un outrageux combat la Fortune & l’Amour
- Dans le parc de Thaly j’ay dressé deux plansons
- Desja la terre avoit avorté la verdure
- Diane, aucunes fois la raison me visite
- Diane, des le jour que l’esclair de ta face
- Diane, en adorant tant de divinitez
- Diane, ta coustume est de tout deschirer
- Docteurs, qui annoncez que nos Espritz ont eu
- En fendant l’estomac de la Saulne argentine
- En un petit esquif esperdu, malheureux
- Est-il donc vray qu’il faut que ma veuë enchantee
- Fortune n’eust jamais tant d’inconstance
- Guerre ouverte, & non point tant de subtilitez
- Il te doit souvenir Diane, en mon absence
- J’avoy’ juré ma mort & de mes tristes jours
- J’entreprens hardiment de te rendre eternelle
- J’estoy au grand chemin qui meine les amantz
- J’implore contre toy la vengeance des Dieux
- Je brusle avecq’ mon ame & mon sang rougissant
- Je confesse, j’eu tort, quand d’un accent amer
- Je despite à ce coup ton inique puissance
- Je desploroy’ le sort d’une branche orpheline
- Je dispute pour vous contre ceste lignee
- Je ne m’estonne pas si du ciel adultère
- Je ne sçay s’il te souviendroit
- Je ne sçay si je doy’ estimer par raison
- Je sen bannir ma peur & le mal que j’endure
- Je veux te louer, te chanter
- Je vis un jour un soldat terrassé
- Je voyoy’ que le ciel aprés tant de chaleurs
- L’aer ne peut plus avoir de vens
- L’Amour pour me combattre a de vous emprunté
- L’Hyver à la teste grisonne
- Le jardinier curieux de ses fleurs
- Le miel sucré de vostre grace
- Le peinctre qui voudroit animer un tableau
- Le sot qui espiant mal à propos un astre
- Les lys me semblent noirs, le miel aigre à outrance
- Liberté douce & gratieuse
- Lorsque nous assaillons un fort bien defendu
- Mesurent des haultz Cieux tant de bizarres courses
- Mille baisers perdus, mille & mille faveurs
- Miséricorde, ô Cieux, ô Dieux impitoyables
- N’a doncques peu l'amour d’une mignarde rage
- Non, ce ne sont point deux couraux
- Nos desirs font d’Amour la devorante braise
- Nous ferons, ma Diane, un jardin fructueux
- O bien heureux esprits qui printes vostre vie
- O combien le repos devroit estre plaisant
- O mes yeux abusez, esperance perdue
- On dit que la vapeur des mynes sulphurees
- On ne voit rien au ciel, en la terre pezante
- Ores es tu contente, o Nature meurtriere
- Ores qu’on voit le ciel en cent milles bouchons
- Ouy, je suis proprement à ton nom immortel
- Ouy, mais ainsi qu’on voit en la guerre civile
- Par ses yeux conquerans fust tristement ravie
- Pleurez avec moy, tendres fleurs
- Pour faire les tesmoins de ma perte les bois
- Pourquoy, si vous vouliez à jamais me chasser
- Povre peinctre aveuglé, qu’est-ce que tu tracasse
- Pressé de desespoir, mes yeux flambans, je dresse
- Puisque le cors blessé, mollement estendu
- Quand du sort inhumain les tenailles flambantes
- Quand je voy’ ce chasteau dedans lequel abonde
- Que je sorte du creux
- Que je soy’ donc le peinctre, il m’a quitté la place
- Que peut une galere ayant perdu la rame
- Que voy-je ? une blancheur à qui la neige est noire
- Qui pourroit esperer en ayant affronté
- Qui void le Dieu aux blonds cheveux
- Quiconque sur les os des tombeaux effroiables
- Ronsard, si tu as sçeu par tout le monde espandre
- Si cest œil foudroyant qui m’a tant desdaigné
- Si ceux là sont damnez qui, privez d’esperance
- Si je pouvoy’ porter dedans le sein, Madame
- Si mes vers innocentz ont fait à leur deçeu
- Si tost que l’amour eust emprissonné mon ame
- Si tost que vostre coche a peu ensemble avoir
- Si vous voyiez mon cœur ainsi que mon visage
- Somme c’est un chasteau basti de diamans
- Sort inique & cruel ! le triste laboureur
- Soubz un œil languissant & pleurant à demy
- Souhaitte qui voudra la mort inopinee
- Soupirs espars, sanglotz en l'air perdus
- Tous ceulx qui ont gousté combien de mortz on treuve
- Tremblant d’une fiebvre bourrelle
- Tu m’avois demandé, mignonne
- Un clair voyant faucon en volant pour riviere
- Un povre serf bruslant d’un tel feu que le mien
- Va-t-’en dans le sein de ma mye
- Vertomne estant bruslé d’un tel feu que le mien
- Veux-tu plaider, Amour ? ou s’il faut que j’endure
- Vos yeux ont honoré d’une celeste veuë
- Vous qui avez escrit qu’il n’y a plus en terre
- Vous qui pillez l’email de ces couleurs
- Yeux enchanteurs, les pipeurs de ma veuë