Je confesse, j’eu tort, quand d’un accent amer
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Je confesse, j’eu tort, quand d’un accent amer,
Sans feindre, j’esclatay mes passions sans feinte :
Je devoys retenir ceste douleur esteinte
Sans prodiguer ainsi les nymphes dans la mer.
Mais quoy ! ma passion est trop forte à charmer
Pour deffendre à mes vers de l’avoir tant depeinte,
Si non que pour nourrir l'espérance sans crainte
Vous me donnez de quoy bien rire, & bien aymer,
Vous verriez mignarder une Venus pudique,
Mille Cupidonneaux, & ma fureur tragique,
Et mon luct & ma muse auront un autre but :
Diane, essayez donc si je sçauroy’ escrire,
Folastre fredonner de la muse & du lut
Un plaisir de l’amour aussi bien qu’un martire.