Si tost que l’amour eust emprissonné mon ame

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Si tost que l’amour eust emprissonné mon ame Soubz les estroittes loix d’une grande beauté, Le malheur qui jamais ne peut estre dompté Acheva de tout point mon torment, & sa flamme : L’un retint mon esprit à jamais prés ma dame, L’autre arrache le corps, çà & là tormenté. Iniquité cruelle, inique cruauté Qui deux poinctz tant unis en deux moitiez entame ! Voila comment je fay’ d’un exil envieux Mes sens nuds de vigueur, sans leur regard mes yeux, Et chasque part de moy est à part inutile. Si le sang & le cœur ne vivent plus dehors, Si l’esprit separé ne sert de rien au corps, Qui dira que l’exil n’est une mort civile ?