Miséricorde, ô Cieux, ô Dieux impitoyables

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Miséricorde, ô Cieux, ô Dieux impitoyables, Espouvantables flots, o vous palles frayeurs Qui mesme avant la mort faites mourir les cœurs. En horreur, en pitié voyez ces misérables ! Ce navire se perd, desgarny de ses cables, Ces cables ses moyens, de ses espoirs menteurs ; La voile est mise à bas, les plus fermes rigueurs D’une fiere beauté sont les rocs imployables ; Les mortels changements sont les sables mouvant, Les sanglots sont esclairs, les souspirs sont les vents, Les attentes sans fruict sont escumeuses rives Où aux bords de la mer les esplorés Amours Vogans de petits bras, las & foible secours, Aspirent en nageant à faces demivives.