Povre peinctre aveuglé, qu’est-ce que tu tracasse
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Povre peinctre aveuglé, qu’est-ce que tu tracasse
A ce petit pourtraict où tu perds ton latin,
Essayant d’esgaler de ton blanc argentin
Ou du vermeil, le lys & l’œillet de sa face ?
Ce fat est amoureux, & veut gaigner ma place :
Il ny peint pour le front, la bouche & le tetin ;
Sors de là, mon amy, je suis un peu mutin :
Madame, excusez moy, car j’y ay bonne grace,
Ces coquins n’ont crayon à vos couleurs pareil,
Ny blanc si blanc que vous, ny vermeil si vermeil.
Tout ce qui est mortel s’imite, mais au reste
Les peinctres n’ont de quoy représenter les Dieux,
Mais j’ay desja choisi dans le thresor des Cieux
Un celeste crayon pour peindre le celeste.