N’a doncques peu l'amour d’une mignarde rage

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

N’a doncques peu l'amour d’une mignarde rage, D’un malheur bien heureux, d’un malheureux bonheur Combatre vostre ennuy, & mesler la couleur D’un œillet sur le lys de vostre blanc visage. C’est à ceste blancheur que l’amour fait hommage, C’est l’honneur de vos yeux, c’est encor l’autre honneur Qui rid en vostre front, mais c’est plus tost malheur Qu’un bon heur, car un bien ne peut faire dommage ; Diane, je sçay bien : vous estes de bon or, Mais il est blemissant, pour ce qu’il n’a encor Prins couleur aux chaleurs d’une ardente fournaize ; Ayez pitié de vous, & comme peu à peu La flamme roussist l’or, l’amour soit vostre feu Et que je soy’ l’orphevre, & l’hymen soit la braize.