O combien le repos devroit estre plaisant
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
O combien le repos devroit estre plaisant
Apres un long chemin, fascheux & difficile !
O combien la santé qui tire le débile
Hors du lict par la main, le va favorisant,
Combien, aprés la nuict, le soleil reluisant
Fait paroistre au matin son jour doux & utile,
Combien aprés l’hyver vault un printemps fertile,
Et le zephir douillet aprés le froid cuisant !
Combien aprés la peur est douce l’asseurance,
Aprés le desespoir est chere l’esperance,
Aprés le sens perdu recouvrer la raison !
O combien à souhait, combien délicieuse
Seroit ma liberté aprés ceste prison,
Combien au condamné seroit la vie heureuse !