En un petit esquif esperdu, malheureux
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
En un petit esquif esperdu, malheureux,
Exposé à l’horreur de la mer enragee,
Je disputoy’ le sort de ma vie engagee
Avecq’ les tourbillons des bises outrageux.
Tout accourt à ma mort : Orion pluvieux
Creve un déluge espais, & ma barque chargee
De flotz avecq’ ma vie estoit my submergee,
N’ayant autre secours que mon cry vers les Cieux.
Aussitost mon vaisseau de peur & d’ondes vuide
Reçeut à mon secours le couple Tindaride,
Secours en desespoir, oportun en destresse ;
En la Mer de mes pleurs porté d’un fraile corps,
Au vent de mes souspirs pressé de mille morts,
J’ay veu l’astre beçon des yeux de ma Deesse.