Qui pourroit esperer en ayant affronté
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Qui pourroit esperer en ayant affronté
Cest œil imperieux, ceste celeste face ?
Mais qui n’espereroit voyant sa douce grace,
Affriandé du miel d’une telle beauté ?
Qui pourroit esperer rien que severité
De ce visage armé d’une agreable audace,
Et qui n’esperera de pouvoir trouver place
En un lieu que merite un labeur indompté ?
Je ne puis esperer sachant mon impuissance.
J’espère & fay chemin d’une folle espérance ;
Si mon courage haut ne reussit à point,
Ny les fureurs du feu, ny les fers d’une fleche
Ne m’empescheront pas de voler à la breche,
Car l'espoir des vaincus est de n’esperer point.