Le peinctre qui voudroit animer un tableau

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Le peinctre qui voudroit animer un tableau D’un Printemps bien feuri ou y feindre une glace De cristal reluisant, ou l’azur & la face Du Ciel, alors qu’il est plus serein & plus beau, S’il vouloit faire naistre au bout de son pinceau Le front de la Ciprine, ou retirer sa grace, Ou l’astre qui des Cieux tient la premiere place, Alors que son plein rond il refait de nouveau, Qu’il imite, s’il peut, le front de ma Deesse, Mais qu’il se garde bien que son arc ne le blesse. S’il fait, Pycmalion, la mère de Cynire, Qu’il voye prendre vie à ce qu’il aura peint, Il fera par les maulx qu’il en aura contraint Le tableau parricide & le pinceau maudire.