Celuy qui voit comment je me pais de regretz

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Celuy qui voit comment je me pais de regretz, De desseins mal assis, d’une esperance vaine, D’un trop tard repentir, d’une peur trop soudaine, Les sanglotz estouffez qui se suivent de prés, Celuy qui voit comment j’essaye tout expres A me noyer de pleurs au gré d’une inhumaine, Des souspirs de mon flanc revomissant ma peine, N’ayant tant de cheveux dessus moy que de trebz, Celuy là qui me voit, ennemy de mon aise, Brusler opiniastre en cette mesme braise Qu’un amour trop constant a voulu atizer, Me dit qu’il n’y a point de maistresse si belle Qui puisse meriter qu’on pleure tant pour elle, Ou bien qu’il n’y a point de vers pour la priser.