Je ne sçay si je doy’ estimer par raison

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Je ne sçay si je doy’ estimer par raison Le jour ou la saison ou contraire, ou heureux Que je vy’ de ses yeux la flamme gracieuse Empoisonner mes sens d’une douce poison. Ses deux Souleilz me font heureux en la prison Où loge la douceur & la peine engoisseuse, Mais telle qu’elle soit, ou douce, ou ennuyeuse, De la source du mal j’espère guerison. Je n’en veux qu’à ces yeux, non aux siens, mais aux miens, Et quand tout est bien dict, & aux miens & aux siens, Car les traistres ont eu entr’eux intelligence : Les siens plus cauteleux me prindrent endormy Et les miens ne veilloyent que veillantz à demy, Ou bien ils veilloyent trop, volantz ma patience.