Guerre ouverte, & non point tant de subtilitez

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Guerre ouverte, & non point tant de subtilitez : C’est aux faibles de cœur qu’il faut un advantage. Pourquoy me caches-tu le Ciel de ton visage De ce traistre satin, larron de tes beautez ? Tu caches tout horsmis les deux vives clartez Qui m’ont percé le cœur, esblouy le courage, Tu caches tout horsmis ce qui me fait dommage, Ces deux brigands, tyrans de tant de libertez ; Belle, cache les rais de ta divine veuë. Du reste si tu veux, chemine toute nuë, Que je voye ton front, & ta bouche & ta main. Amour ! que de beautez, que de lys, que de rozes. Mais pourquoy retiens-tu tes pommettes encloses ! Je t'ay monstré mon cœur, au moins monstre ton sein.