Je sen bannir ma peur & le mal que j’endure

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Je sen bannir ma peur & le mal que j’endure, Couché au doux abry d’un mirthe & d’un cypres, Qui de leurs verds rameaux s’accolans prés à prés Encourtinent la fleur qui mon chevet azure, Oyant virer au fil d’un muzisien murmure Milles Nymphes d’argent, qui de leurs flotz secrets Bebrouillent en riant les perles dans les prets, Et font les diamans rouller à l'adventure Ce bosquet de verbrun qui cest’ onde obscurcist, D’Eschos armonieux, & de chants retentist. O sejour amiable ! ô repos pretieux ! O giron, doux support au chef qui se tourmente ! 0 mes yeux bien heureux esclairez de ses yeux, Heureux qui meurt icy & mourant ne lamente !