Ce doux hyver qui esgale ses jours
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Ce doux hyver qui esgale ses jours
A un printemps, tant il est amiable,
Bien qu’il soit beau, ne m’est pas agréable,
J’en crain’ la queuë, & le succez tousjours ;
J’ay bien apprins que les chaudes amours
Qui au premier vous servent une table
Pleine de succre & de metz delectable
Gardent au fruict leur amer & leurs tours :
Je voy’ desja les arbres qui boutonnent
En mille neuz, & ces beautez m’estonnent :
En une nuict ce printemps est glacé ;
Ainsi l’amour qui trop serein s’advance
Nous rit, nous ouvre une belle apparence,
Est né bien tost & bien tost effacé.