Ouy, je suis proprement à ton nom immortel
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Ouy, je suis proprement à ton nom immortel
Le temple consacré, tel qu’en Tauroscytie
Fust celuy où le sang appaisoit ton envie,
Mon esthomac pourpré est un pareil autel :
On t’assommoit l’humain, mon sacrifice est tel,
L’holocoste est mon cœur, l’amour le sacrifie.
Les encens mes souspirs, mes pleurs sont pour l’hostie
L’eau lustralle, & mon feu n’est borné ny mortel.
Conserve, Deité, ton esclave & ton temple,
Ton temple & ton honneur, & ne suy’ pas l'exemple
D’un pendart boute-feu qui, bruslant de renom,
Brusla le marbre cher, & l’ivoyre d’Epheze.
Si tu m’embrasses plus, n’atten’ de moy sinon
Un monceau d’os, de sang, & de cendre, & de braize.