Yeux enchanteurs, les pipeurs de ma veuë
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Yeux enchanteurs, les pipeurs de ma veuë,
Veuë engeolleuze, haineuze de mes yeux,
Face riante à ma mort, à mon mieux,
Ceste beauté cache l'ame incogneuë ;
Tu as surpris ma vie à l'impourveuë,
Mais surpren’ moy, comme du haut des Cieux
Diane fit qui surprit otieux
Endymion, couverte d’une nuë,
Car je suis tien aussi bien comme luy,
Son heur me fuit, j’empoigne son ennuy,
A luy & moy ta puissance est commune,
Mais las ! je veille & il fust endormy,
Il fust aimé, & je ne suis qu’amy
Qui sans baiser me morfonds à la lune !