Soupirs espars, sanglotz en l'air perdus

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Soupirs espars, sanglotz en l'air perdus, Tesmoins piteux des douleurs de ma genne, Regretz trenchantz avortez de ma peine, Et vous, mes yeux, en mes larmes fondus, Desirs tremblantz, mes pensers esperdus, Plaisirs trompez d’une esperance vaine, Tous les tressaulz qu’à ma mort inhumaine Mes sens lassez à la fin ont renduz, Cieux qui sonnez apprés moy mes compleintes, Mille langueurs de mille mortz esteinctes, Faites sentir à Diane le tort Qu’elle me tient, de son heur ennemie, Quand elle cerche en ma perte sa vie Et que je trouve en sa beauté la mort !