Nos desirs font d’Amour la devorante braise
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Nos desirs font d’Amour la devorante braise,
Sa boutique nos corps, ses flammes nos douleurs,
Ses tenailles nos yeux, & la trempe nos pleurs,
Noz souspirs ses souffletz, & nos seins sa fournaise ;
De courroux, ses marteaux, il tourmente nostre aize
Et sur la dureté il rabbat nos malheurs,
Elle luy sert d’enclume & d’estoffe nos cœurs
Qu’au feu trop violent de nos cœurs il appaise,
Afin que l’appaisant & moüillant peu à peu
II brusle d’avantage & rengrege son feu.
Mais l’abondance d’eau peut amortir la flamme :
Je tromperay l’enfant, car pensant m’embraser,
Tant de pleurs sortiront sur le feu qui m’enflame
Qu’il noyera sa fournaise au lieu de l’arroser.