On ne voit rien au ciel, en la terre pezante
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
On ne voit rien au ciel, en la terre pezante,
Au feu, en l'eau, à l’air, qu’en le considérant
Mon esprit affligé n’aille se martirant,
Et mon ame sur soy cruellyze insolente,
Quand une ame celeste, une paresse lente
A me donner la vie, un brandon devorant,
Une mer d’inconstance, & un esprit courant
Possedent la beauté qui seule me tourmente.
Elle a reçeu des cieux sa celeste grandeur,
Sa durté de la terre, & du feu la chaleur,
L’inconstance de l’eau, & de l’air la colerre,
Si que, belle endurcye, elle peut s’esgaller
D’ardeur, sans se brusler, d’inconstance legere
Au ciel & à la terre, à l’onde, à l’eau, à l’air.