Que je soy’ donc le peinctre, il m’a quitté la place
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Que je soy’ donc le peinctre, il m’a quitté la place,
Rengainé son pinceau : je veux bien faire mieux
Qu’en un tableau mortel, qui bien tost sera vieux
Et qui en peu de temps se pourrit & s’efface ;
Je pein’ ce brave front, Empereur de ta face,
Tes levres de rubis, l’or de tes blonds cheveux,
L’incarnat de ta jouë & le feu de tes yeux,
Puis le succre du tout, le lustre de ta grace,
Je peins l’orgueil mignard qui pousse de ton sein
Les souspirs enfermez, l’yvoire de ta main.
Un peinctre ne peut plus : j’en sçay bien plus que luy,
Je fay ouir ta voix, & sentir ton haleine
Et ta douceur, & si on sçaura par ma peine
Que la lame, ou bien l'ame, est digne de l’estuy.