Docteurs, qui annoncez que nos Espritz ont eu

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Docteurs, qui annoncez que nos Espritz ont eu Entrant dedans leur corps, de la main de leur pere, Le choix du bon, pour voir & fuir le contraire, Et que l’arbitre franc du Ciel ils ont reçeu, Si vous aviez, cagotz, fait preuve de ce feu Qui sçait de mon plaisir ma volonté distraire, Qui fait haïr mon bien & mon malheur me plaire, Et ne pouvoir vouloir, vouloir ce que je fuis, Vous sçauriez que l’esprit se sent de son organe. J’en fis la preuve allors que les yeux de Diane Changerent mon vouloir à ne vouloir qu’amour ; Ma volonté n’est plus volonté qu’à faux tiltre, Je voudroy’ n’aimer point, & j’ayme de ce jour Ce qui m’oste le choix, l’ame & le franc arbitre.