Chacun souffre son mal : tu ne sens pas ma peine
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Chacun souffre son mal : tu ne sens pas ma peine,
Mon coeur second, helas ! tu ne sens pas mes maux,
Je me veux mal d'autant que j’ayme mes travaux,
Ainsi de mon amour je conçoy’ une haine.
Tu touches bien mon poulx hasté de mon haleine,
Tu sens bien ma chaleur, ma fiebvre, mes travaux,
Tu vois mon œil tourné, tu vois bien les assaulx
Qui sont plus que ma vie estre ma mort certaine ;
Mais las ! si tu pouvois souffrir, comme je fays,
Ce de quoy je me plein’, je te lairrois le fais
De porter seulement le frizon d’une œillade :
Encor’ t’est-il advis que pour rien je me deus ?
Mon mal est assez grand pour en empescher deux,
Mais le sain oublieux est inique au malade.