Par ses yeux conquerans fust tristement ravie
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Par ses yeux conquerans fust tristement ravie
Ma serve liberté, en la propre saison
Que le soleil plus chault reprend sur l’orison
Sa course d’autre part qu’il ne l'a poursuivie,
Et au poinct proprement du soltice, ma vie
S’engageant par les yeux, enchaina sa raison,
Et garda des ce jour la chaine, la prison,
Les martyrs, les feux, les geenes & l’envie.
Je me sen’ en tout temps que c’estoit au plus haut
Des flambeaux de l’esté, puis que ce jour si chaud
Mille feux inhumains dans le sein m’a planté,
Sur qui l'hyver glacé n’a point eu de puissance :
Ma vie n’est ainsi qu’un eternel esté,
Mais je ne cueille fruict, espics, ne recompense.