Pleurez avec moy, tendres fleurs

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Pleurez avec moy, tendres fleurs, Aportez, ormeaux, les rosees De vos mignardes espousees, Meslez vos pleurs avec les pleurs De moy désolé qui ne puis Pleurer autant que j’ay d’ennuis ! Pleurez aussi, aube du jour : Belle Aurore, je vous convie A mesler une doulce pluye Parmi les pleurs de mon amour, D’un amour pour qui je ne puis Trouver tant de pleurs que d’ennuis ! Cignes mourans, à ceste foys Quittez la Touvre Engoumoisine Et meslez la plainte divine Et l’aer de vos divines voys, Avec moy chetif qui ne puis Pleurer autant que j’ay d’ennuis ! Oiseaux qui languissez marris, Et vous, tourterelles fachees, Ne comptez aux branches sechees Le veuvage de vos maris Et pleurez pour moy qui ne puis Pleurer autant que j’ay d’ennuis ! Pleurez, o rochers, mes douleurs De vos argentines fonteines Pour moy qui souffre plus de peines Que je ne puis trouver de pleurs, Pour moy douloureux qui ne puis Plorer aultant que j’ay d’ennuis !