En fendant l’estomac de la Saulne argentine
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
En fendant l’estomac de la Saulne argentine
Des avirons trenchantz, qui en mille morceaux
Faisoyent jaillir en l’air mille bluettes d’eaux,
Je tuoy’ dedans l’eau une flamme divine,
Mais j’estoy’ bien deçeu : je sen’ en ma poictrine
Doubler mes feux esmeus, mes playes & mes maulx,
Vivre, parmi les flots, les eternels flambeaux
Qui du ciel en mon sein esprirent leur racine.
Mille Nymphes des bois sortent leur chef d’argent
Sur les saulles feuilliez & suivent en nageant
De l’œil & de la voix, & mes cris, & mes rames.
Où fuis-tu, malheureux, où cerches-tu repos ?
Penses-tu bien que l’eau noye amour & les flammes ?
Venus fust nee en mer, & vit parmy les flotz.